Illustration : Sit tibi terra levit

STTL. Ces quatre lettres, vous les avez peut-être déjà rencontrées au détour d’une salle dans un musée consacré à l’histoire romaine. Elles signifient « Sit tibi terra levis » : « Que la terre te soit légère ». Inscrite sur de nombreux objets funéraires de l’Antiquité romaine, cette expression trouve son origine dans une œuvre d’Euripide, l’un des plus grands auteurs tragiques de la Grèce antique. Elle est encore présente aujourd’hui dans de nombreux discours et faire-part de décès.

L’origine : Euripide

Cette tragédie raconte l’histoire d’Alceste qui va sacrifier sa vie pour sauver celle de son époux Admète. Ce dernier, destiné à mourir jeune, passe un marché avec Apollon aux termes duquel Admète pourra échapper à la mort s’il trouve quelqu’un pour prendre sa place aux Enfers. Après avoir sollicité ses parents qui ont refusé de se sacrifier, Admète se tourne vers son épouse qui accepte. Alceste, par amour et par devoir, se rend au royaume d’Hadès.

La phrase qui nous intéresse est placée au sein d’un monologue du chœur (le peuple), juste après la mort d’Alceste :

Ô fille de Pélias, sois heureuse dans le séjour des enfers ténébreux empire de Pluton ! que ce dieu à la noire chevelure, que le vieux conducteur des morts, assis au gouvernail, et qui tient l’aviron en main, sachent que la plus vertueuse des femmes a traversé le marais de l’Achéron sur la barque à double rame.

Les poètes te célébreront à l’envi, et sur le luth aux sept cordes, et dans des hymnes que n’accompagnera pas la lyre, à Sparte, quand revient la saison périodique du mois carnéen, et que la lune brille au ciel toute la nuit, et dans la brillante et fortunée Athènes. Tel est le sujet de chants que ta mort a laissé aux poètes.

Que ne puis-je te rendre à la lumière !— que ne puis-je te tirer du sombre séjour de Pluton, et te faire repasser le Cocyte dans la barque infernale ! Car, ô femme unique, femme chérie, tu n’as pas craint de donner ta vie, pour racheter ton époux des enfers : que la terre te soit légère ! Mais si jamais ton époux formait un nouvel hymen, il me deviendrait odieux, ainsi qu’à tes enfants.

Ni la mère d’Admète, ni son vieux père, n’ont voulu donner leur vie pour leur fils ; ils laissaient en proie à Pluton celui qu’ils ont mis au monde ; ils refusaient de le sauver, les cruels, eux dont les cheveux sont tout blanchis ! Mais toi, dans la fleur de l’âge, tu meurs pour ton jeune époux. Puissent les dieux m’accorder une femme semblable pour compagne ! une telle rencontre est rare dans la vie. Mes jours se passeraient sans nuages auprès d’elle.

Euripide, Alceste. Source : remacle.org

Le sens : Martial

Cette expression renvoie à une croyance antique selon laquelle la terre était effectivement légère pour les morts qui n’ont pas pesé sur elle, autrement dit pour ceux qui ont mené une vie droite, honorable et méritante :

Fronton et Flaccilla, père et mère de la jeune Érotion, je vous recommande cette enfant, ma joie et mes délices : que la pauvre petite paraisse sans trop d’effroi devant les ombres noires et le chien du Tartare, ce monstre à la triple gueule. Elle aurait vu six hivers complets, si elle avait vécu six jours encore. Que la folâtre aille jouer au milieu des vieux patrons, et que sa langue, en balbutiant, gazouille souvent mon nom. Qu’un gazon trop épais ne couvre pas ses ossements si tendres ; et toi, terre, ne pèse point sur elle ; elle n’a pas pesé sur toi.

Martial, Livre 5, Ép. XXXIV. Source : remacle.org

 

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