Exitus acta probat : la fin justifie les moyens


Comme pour STTL et errare humanum est, voici un petit point rapide sur l’origine d’une expression bien connue : la fin justifie les moyens.

Ovide : première apparition de l’expression

Ovide est un auteur latin du 1er siècle avant J.-C. Parmi son oeuvre, nous trouvons Les “Héroïdes” qui sont un recueil de lettres d’amour fictive dont l’une, de Phyllis à Démophon, qui contient la première mention connue de l’expression “exitus acta probat”.

‘iam nunc doctas eat,’ inquit, ‘Athenas;

 armiferam Thracen qui regat, alter erit.

exitus acta probat.‘ careat successibus, opto,

quisquis ab eventu facta notanda putat!

Ovides, Heroides, II, 85.
Source : The Latin Library

Voici la traduction française que l’on trouve habituellement sur Internet pour ce passage :

« Qu’elle aille, maintenant, dit-on, dans la docte Athènes. Un autre se trouvera pour gouverner la Thrace belliqueuse. L’événement, ajoute-t-on, justifie l’entreprise. » Ah ! Puisse le succès manquer à quiconque veut qu’on juge une action par l’issue qu’elle a ! 

Ovide, Héroïdes, II, 85.
Sources : remarcle.org, Agoraclas

Et Machiavel alors ?

Machiavel n’emploie a aucun moment, dans aucune de ses oeuvres, l’expression elle-même. Toutefois, elle transparaît, par exemple, dans ce passage :

Au surplus, dans les actions des hommes, et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère, c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ?

Machiavel, Le Prince, XVIII, trad. Jean-Vincent Périès (1825)
Source : Wikisource

Le débat amoral/immoral

Il n’est pas rare de lire que Machiavel développe une vision immorale de la politique. Et ce d’autant plus lorsque l’on aborde la question de la fin qui justifie les moyens, qui est jugée comme reflétant sa vision immorale de la politique.

Cette expression assez immorale fait référence aux écrits de Nicolas Machiavel, penseur italien de la Renaissance. 

A propose de l’expression “La fin justifie les moyens”. Source : linternaute.fr

Pourtant, je suis plutôt tentée de poser le débat sur le plan de l’anormalité politique :

Pour ce faire, l’auteur florentin balaie du champ du politique toute considération morale et pense l’exercice du pouvoir comme une opération justifiable par elle-même. En cela, il innove radicalement : alors que la pensée classique concevait le pouvoir politique comme le choix du meilleur gouvernement des hommes – conçu dans la perspective d’un éthos reconnu par tous, Machiavel récuse cet éthos et se situe au-delà, dans un univers non pas immoral mais bien amoral. Il sanctifie ainsi la politique comme une discipline propre, libérée du joug inefficace de la morale ou de la religion. Son but : la construction et l’extension de l’Etat. Une finalité louable, aussi : l’instauration d’un ordre politique stable et pacifique. Qui passe nécessairement par une technique – amorale.

Source : L’amoralité politique chez Machiavel

Machiavel rejette purement et simplement la morale de la sphère politique. Il ne développe donc pas une position opposée à la morale (immorale), mais étrangère à celle-ci (amorale). Ces deux mots n’ont clairement pas le même sens (même Larousse le rappelle) et sont aujourd’hui souvent confondus.


Image par Steve Buissinne de Pixabay

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