Illustration : errare humanum est, l'erreur est humaine

« L’erreur est humaine ». Errare humanum est. S’il est bien une expression latine très connue, c’est celle-là. Pourtant, savez-vous qu’ainsi formulée elle est incomplète ? En effet, la locution complète est « errera humanum est, perseverare diabolicum ». En français : « l’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique ».

Errare humanum est… : à qui en attribuer la paternité ?

« Errare humanum est, perseverare diabolicum » est généralement une phrase attribuée à Sénèque. Toutefois, on n’en a trouvé aucune trace dans ses écrits. Par contre, il est certain que cette idée d’erreur inhérente à la nature humaine a été développée par d’autres penseurs avant Sénèque.

Tite-Live

On trouve ainsi cette citation sur Internet, notamment Wikipédia :

Venia dignus error is humanus (Tite-Live, Storie, VIII, 35)

Traduction : « Chaque erreur humaine mérite le pardon ». Cette phrase me pose problème. En effet, je l’ai trouvée sur de nombreux sites, mais, quand je me suis penchée sur l’ouvrage de Tite Live (Histoire de rome depuis sa fondation -Ab Urbe condita libri) je ne l’ai pas trouvée à la place  indiquée par la référence. Par contre, j’ai trouvé cela :

Tribuni quoque inclinatam rem in preces subsecuti orare dictatorem insistunt ut veniam errori humano, veniam adulescentiae Q. Fabi daret ; satis eum poenarum dedisse. (source)

Traduction : « Des tribuns aussi, suivant cette pente qui les entraînait vers la prière, conjurent le dictateur avec instance de pardonner à la faiblesse humaine, de pardonner à la jeunesse de Q. Fabius: il était assez puni. » (source)

Bon, il y a de l’idée, mais ce n’est pas exactement la même chance que notre locution. Mais il se peut que je ne dispose pas des mêmes textes de départ.

Cicéron

La deuxième citation que l’on trouve comme antériorité à Sénèque est celle-ci :

Cuiusvis hominis est errare, nullius nisi insipientis in errore perseverare(Ciceron, Philippicae, XII, 5)

Traduction : « C’est le propre de l’homme de se tromper ; seul l’insensé persiste dans son erreur ».

Là, la référence est correcte et on a une formulation déjà plus proche.

Saint-Augustin

Saint-Augustin n’est pas antérieur à Sénèque, évidemment. Mais il faut noter qu’on retrouve dans son oeuvre cette phrase :

Humanum fuit errare, diabolicum est per animositatem in errore manere (Saint-Augustin, Sermons, 164,14)

Traduction : « L’erreur est humaine, demeurer dans son erreur par animosité est diabolique ».

Là, nous sommes vraiment très proches de « errare humanum est, perseverare diabolicum ».

Quel est le sens d' »errare humanum est, perseverare diabolicum » ?

Il y a tout d’abord un constat : l’erreur est humaine. Elle est indissociable de l’Homme. À partir de là, les interprétations peuvent diverger :

  • Il est possible de prendre les choses avec fatalisme : l’erreur est humaine, quoi que l’on fasse, c’est fichu ! Cette formulation manque de nuances, mais l’idée est là, et elle n’est pas porteuse d’espoir.
  • Toutefois, il est possible de voir les choses autrement : l’erreur est certes inséparable de l’Homme, mais il faut pouvoir lui accorder le pardon (c’est le sens que l’on retrouve très clairement dans l’extrait de Tite Live : le dictateur est appelé à pardonner, car l’erreur est humaine)
  • Cette idée est également présente chez Cicéron et Saint-Augustin : c’est humain, c’est normal de se tromper et on peut pardonner. Par contre, persévérer dans son erreur, ne pas l’admettre, ne pas se corriger est diabolique, impardonnable. Ainsi, même s’il est dans notre nature de commettre des erreurs, notre raison doit nous pousser à nous corriger.

Errare humanum est, perseverare diabolicum et tercia non datur

« L’erreur est humaine, persévérer est diabolique, et la troisième est exclue »

J’ai trouvé cette phrase à l’occasion de mes recherches, et je dois avouer que je n’en ai pas trouvé de source. Toutefois, ce dernier bout de phrase reprend lassez clairement le principe du tiers exclu (tertium non datur) que l’on retrouve en logique formelle.

Le principe du tiers exclu signifie que soit une proposition est vraie, soit sa négation est vraie. C’est donc soit l’une, soit l’autre, il n’y a pas de troisième possibilité où aucune n’est vraie. Donc appliqué à notre locution, cela donne : soit on a commis une erreur et c’est la première, et on est pardonnable. Soit on a commis une erreur, ce n’est pas la première fois qu’on la commet, et on n’est pas pardonnable. Il n’y a pas de troisième possibilité lorsque l’on commet une erreur.

Si cette analyse est correcte, je pense sincèrement que le « et tercia non datur » est un ajout. Mais je n’en ai pas trouvé la preuve. Je crois simplement que ce n’est pas une coïncidence que ces quelques mots sont exactement ceux qui illustrent au mieux le principe du tiers exclu.

Si vous disposez d’informations plus précises sur cette locution, n’hésitez pas à m’en faire part. Je me ferai un plaisir de compléter cet article !

Crédits photographiques : © Alexas_Fotos, Pixabay.com

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